Interview de mars 2014: « Le mauvais musicien n’entend pas ce qu’il joue, le musicien entend ce qu’il joue et le bon musicien entend ce qu’il va jouer .»

Publié le par chauve-stephane

Tu as commencé la musique jeune et tu as fait le conservatoire. Tu as déclaré que tu avais vraiment commencé la musique quand tu as arrêté le conservatoire, c'est-à-dire ?

Ah oui, je défends haut et fort cette phrase. J’ai fait 5 ans de solfège et de piano au conservatoire. Et pendant ces 5 ans là, je n’ai pas fait de musique mais j’ai plutôt appris à lire des notes sans écouter vraiment ce que je faisais. Et le pire était le solfège. Je ne sais pas comment c’est enseigné maintenant, mais c’était très scolaire : « Apprenez des choses par cœur et vous verrez plus tard à quoi ça peut servir ». Alors qu’il y a des choses merveilleuses dans le solfège à comprendre très vite. J’ai été prof de musique moi aussi par la suite, et j’ai toujours essayé de faire comprendre que la musique c’est l’art de l’oreille. Il faut apprendre à éduquer l’oreille et entendre ce qu’on joue. Il vaut mieux sensibiliser les oreilles et après mettre des mots ou des noms. Tu vois en audition, j’étais nul et en dictée je ne comprenais pas ce qu’on me demandait de faire, alors que je n’étais pas un mauvais pianiste. Le jour où j’ai arrêté le conservatoire, je suis passé derrière mon piano et j’ai vu ce que ça faisait quand j’appuyais là ou là… J’ai arrêté le conservatoire vers 13 ans, et je ne savais jouer que trois morceaux sur partition dont je me souviens encore. Et vers décembre de mes 14 ans, je deviens pianiste de bar. J’ai joué, joué, joué, joué et surtout j’ai compris car j’entendais les choses. Jusqu’à 18 ans je jouais tout le temps du piano (2 heures tous les soirs) et de la guitare. Car c’est ce que je voulais faire à la base mais au conservatoire le jour de l’inscription le mec m’a dit que je ne ferais jamais de guitare car je me rongeais les ongles. Autre exemple…

Ce n’est pas une belle image…

Non, mais je n’ai pas une bonne image du conservatoire. Par la suite, je suis revenu voir mon ancienne prof de piano entre deux cours pour lui dire que je n’avais jamais arrêté de jouer, que je étais vraiment passionné. Elle m’a répondu « c’est trop tard, vous avez arrêtez un an ». Enfin voilà le résumé du conservatoire. Mais, j’ai été comblé à la fac de musique. Les profs n’étaient pas cloisonnés, c’étaient des êtres humains, vraiment qui enseignaient la musicologie au travers d’œuvres classiques et tu pouvais parler avec eux de musiques de dessins animés ou de musiques de films…Et là, j’ai pu mettre des noms sur ce que j’avais appris de mon côté. Et ça a été un enrichissement incroyable.

Et après tu es devenu prof. Pourquoi as-tu voulu enseigner la musique, surtout après ton expérience du conservatoire ?

Je voulais transmettre. J’ai commencé par être prof particulier de piano et de guitare à partir de 17 balais. Je voulais faire comprendre aux gens que sur le papier il y a le moyen de transmettre la musique et qu'il faut penser à écouter tout ce que l'on fait. Il y a une phrase qu’on m’a donnée à la fac, ça résume beaucoup de choses je trouve : « le mauvais musicien n’entend pas ce qu’il joue, le musicien entend ce qu’il joue et le bon musicien entend ce qu’il va jouer ». Ca résume tout. Et du coup, par dérivation, tu prends des œuvres qui existent et puis tu les emmènes où tu as envie. C’est une puissance incroyable ! C’est comme la page blanche. En écriture, il n’y a rien de plus excitant. Tu sais que tu as un stylo et une feuille blanche et tu as moyen d’écrire le plus beau des poèmes qui n’a jamais été écrit. Tu as assez de mots pour le faire. Maintenant, il faut juste trouver dans quel sens les mettre, quels mots choisir, comment utiliser la conjugaison, la ponctuation, la respiration pour faire un poème voire carrément un livre.

Interview de mars 2014: « Le mauvais musicien n’entend pas ce qu’il joue, le musicien entend ce qu’il joue et le bon musicien entend ce qu’il va jouer .»

Publié dans L'effet Oldelaf!

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